Spécial ancien régime

Exposé : Personnages & Lecteurs

 

1)      Identification au personnage :

 

Le lecteur comme le spectateur dans un roman ou devant un film, cherche un modèle qui répondrait au manque éprouvé dans la réalité. Se voir sous les traits de tel ou tel personnage pourrait être pour lui un remède efficace au sentiment de la médiocrité qui marque sa vie. En effet, l’identification à un héros permet une valorisation de soi à travers l’image héroïque que présente le personnage. Ainsi, la volonté et l’ambition indestructibles de Julien Sorel (héros du Rouge et le Noir de Stendhal) fascine encore de nombreux jeunes lecteurs avides de changer leur condition misérable et aspirant à un succès sans bornes.

 

2)      L’envie de se dépasser :

 

Le lecteur choisit souvent des modèles de personnages dotés de qualités morales ou physiques supérieures. Il est attitré par leur courage, leur beauté, leur originalité et leur différence par rapport aux modèles qui l’entourent dans son monde réel. Ce choix du lecteur ne Relève pas d’un souci de se retrouver, mais c’est surtout du souci de se dépasser et de se valoriser lui-même.

En d’autres termes, l’identification romanesque est un processus à travers lequel le lecteur échappe à sa réalité plate ou décevante pour jouir dans le roman de ce que la vie ne lui a pas offert. Emma Bovary (héroïne de Flaubert) jeune lectrice passionnée des romans de chevalerie et d’aventures amoureuses, a trouvé dans les êtres de fiction de quoi peupler sa vie et nourrir son imagination.

 

3)      Retour et maîtrise de la réalité :

 

Les romans n’offrent pas toujours, des modèles positifs, on y trouve aussi des personnages qui incarnent des valeurs négatives. Ces derniers ne manquent pas d’impressionner le lecteur autant que les personnages héroïques. La quête de l’idéal, la recherche d’un modèle ne réside pas uniquement dans l’évasion et le rêve, mais elle exige effectivement un retour raisonnable à la réalité. Ce retour permettrait au lecteur de prendre distance par rapport aux personnages de ses lectures, puis d’exercer son regard critique sur le monde et les personnes qui l’entourent. Il n’est pas étonnant aussi que le lecteur se mette lui-même en question et se livre à une auto-évaluation.

L’expérience de la lecture participe alors à la constitution de sa propre personnalité. Les excès de DON JUAN, par exemple, mènent certainement un lecteur éveillé et averti à un jugement négatif sur ce personnage, et par cela il se trouve en mesure d’adopter un comportement plus correct ou plus acceptable. Lire n’est donc pas un miroir sans profondeur, ni le miroir magique de la belle-mère de CENDRILLON qui lui dit toujours qu’elle est la plus belle au monde, mais c’est une fenêtre ouverte sur soi-même et sur les autres (toujours par l’intermédiaire de personnages positifs ou négatifs).

 

4)      La découverte du monde :

 

Lire c’est apprendre sur le monde. En effet, l’écrivain à travers son personnage tente parfois de transmettre un lot de valeurs, de connaissances, et une certaine vision du monde ; n’oublions surtout pas que le personnage est le produit de l’expérience de son auteur. Par exemple, les romans de VOLTAIRE Zadig et Candide, à travers l’évolution des ces personnages offrent et proposent au lecteur une image de la société au temps de VOLTAIRE.

En somme, par le biais de personnages célèbres, sont multipliées les possibilités d’expériences sur le réel ; leur vertu pédagogique étant de proposer au lecteur une morale et surtout une morale critique. C’est à ce moment là qu’ils participent pleinement à la formation de l’individu. Cependant, ce rôle ne sera accompli que si l’on considère que la lecture est une activité à part entière et non un divertissement passif, passager et occasionnel.

 

Il ne faut pas subir ses lectures, il faut plutôt les vivre.   

 

 

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Personnages du dix-septième siècle

 

1-     DON QUICHOTE : héros créé par Miguel de Cervantès ; à travers lui, l’auteur couvre de ridicule les romans de chevalerie. La folle imagination de DON QUICHOTE va en parallèle avec le bon sens et la lucidité.

2-     DON JUAN : le type de l’homme de cour impie et libertin ; ce personnage de Molière est devenu le symbole de la séduction et l’inconstance en amour.

3-     TARTUFFE : personnage de Molière, exemple du faux dévot, de l’homme hypocrite qui masque sa nature et se livre aux apparences qui emprisonnent son être et le rendent ridicule.

4-     HARPAGON : principal personnage de la pièce de théâtre l’Avare, c’est un esclave de l’argent, angoissé dés qu’il s’agit de dépenser ; clinique, il condamne ses proches à la souffrance à cause de son avarice.

5-     PHEDRE : personnage tragique puisé dans la littérature antique ; Racine en fait l’héroïne de l’une de ses pièces ; c’est la femme déchirée entre le devoir et la passion, entre l’engagement envers l’époux et l’amour coupable pour son beau-fils. Consciente de sa condition tragique, elle ne manque pas de lutter contre le destin impitoyable que les Dieux lui ont infligé ; c’est le type de personnage qui inspire à la fois crainte et pitié.

6-     LA PRINCESSE DE CLEVES : le nom de l’héroïne est donné comme titre au roman de Mme de la Fayette, elle incarne la lutte de la raison contre les élans du cœur. Elle obéit à l’idéal classique de la modération, de la vertu au point d’opprimer son cœur et de vouer son être à la souffrance.

 

 

            Personnages du dix-huitième siècle

 

1-     CANDIDE : personnage principal d’un conte philosophique de Voltaire, symbole de l’innocence et de la curiosité c’est le type de l’être en quête de la vérité. La découverte de la réalité du monde est souvent accompagnée de douleur, d’amertume et d’indignation.

2-     ZADIG : un autre personnage de Voltaire, exemple de sagesse et de modération, à travers lequel Voltaire expose ses idées sur la tolérance et son idéal d’une société équilibrée et harmonieuse.

3-     JULIE ET SAINT PREUX : dans la Nouvelle Héloïse, Rousseau a voué la passion de ces deux personnages à la séparation. Malgré la conviction de rompre leur lien, ils ont continué à s’adresser des lettres où ils tentaient en vain de masquer leur amour.

4-     EMILE : personnage à travers lequel Rousseau a exposé sa philosophie, sa conception de l’éducation. Il est le symbole de l’enfant original, élevé selon les règles de la nature et non selon celles de la société. C’est aussi une incarnation du mythe du bon-sauvage.

5-     PAUL ET VIRGINIE : Bernardin de Saint Pierre les présente comme des personnages modèles de fidélité et de sacrifice. Leur communion est exemplaire, leur amour est légendaire.

 

 

 

 

 

Personnages du dix-neuvième siècle

 

1-     JULIEN SOREL : héros principal du roman de Stendhal, Le Rouge et le Noir ; c’est un jeune homme ambitieux qui aspire à changer de caste, l’envie d’accéder à une classe supérieure le pousse à être machiavélique et à piétiner certains principes moraux. Obsédé par l’histoire de Napoléon Bonaparte, Julien part à la conquête de la femme comme si l’on part à la guerre.

2-     EMMA BOVARY : héroïne de Flaubert, victime de ses lectures de jeune fille, elle doivent sensible au décalage qui sépare ses rêves de la réalité, elle sombre dans l’ennui, refuse une vie stable et confortable parce qu’elle l’enferme dans la platitude et la monotonie. A travers Emma, Flaubert dessine l’échec du héros romantique.

3-     ADOLPHE : personnage principal d’une œuvre épistolaire de Benjamin Constant. C’est le type qui aime passionnément, mais qui relâche l’objet de son amour (la femme) dés qu’il est en sa possession. Il se complaît dans la souffrance d’un amour insatisfait.

4-     GRANDET : il représente le père riche mais avare, sévère et d’un caractère exécrable (BALZAC).

5-     TARTARIN DE TARASCON : Alphonse Daudet dessine à travers ce personnage l’échec de l’héroïsme. C’est un type qui se vante beaucoup de toutes sortes d’exploits, annonce monts et merveilles…et ne fait rien. Il se prépare au départ pour des aventures, armé jusqu’aux dents…mais il ne parviendra à tuer…qu’un âne.

6-     JEAN VALJEAN : c’est un personnage de Victor Hugo ; il incarne la miséricorde et représente l’image du père protecteur qui vient au secours des êtres déchus dans la société. A travers ses réflexions et ses méditations on découvre les propos de l’auteur sur l’humanité, la justice, la loi…

7-     SLELLO : Alfred de Vigny lui donne le statut du poète qui médite sur la condition humaine ; il a une sensibilité aigue au mal, au faux et à l’injuste dont il souffre énormément.

8-     ETIENNE LANTIER : personnage de Zola (Germinal), c’est un mineur qui incarne le courage, il mène les mineurs à la révolte, à la grève.

9-     RENE : personnage romantique de Chateaubriand il renonce à la vie commune, se réfugie dans la nature et la religion croyant retrouver le vrai chemin du bonheur.

10- ADOLPHE : personnage romantique de Benjamin Constant, être secret, séduit Eléonore par désoeuvrement avant d’être à son tour prisonnier de la passion qu’il a lui-même suscitée. Son entourage le pousse à rompre. Il hésite mais Eléonore convaincue qu’elle sera abandonnée, se laisse dépérir et meurt.

 

Personnages du vingtième siècle

 

1-     MEAULNES : Alain Fournier fait de lui le héros d’un roman qui décrit l’itinéraire des personnages qui s’ouvrent au monde, aux autres et à soi.

2-     CALIGULA : personnage historique rendu célèbre dans le monde littéraire par Albert Camus. Ses rêves de justice, d’égalité se heurtent à la réalité qui le laisse dire que « ce monde tel qu’il est fait, n’est pas supportable ». Ce personnage illustre la solitude de l’homme, le tragique d’une existence absurde et la difficulté de communiquer avec l’autre.

3-     SISYPHE : personnage de la mythologie qui ressurgit dans une œuvre de Camus : condamné par les Dieux pour son amour fou de la vie, Sisyphe assume son destin tragique (qui consiste à passer toute la vie à remonter une grosse roche jusqu’au sommet d’une colline pour qu’elle dévale ensuite…) prouvant ainsi l’impossibilité de donner un sens à la vie humaine.

4-     ANTOINE ROQUENTIN : il apparait dans la Nausée de Jean Paul Sartre. Pris au piège de l’existence, il éprouve le dégoût devant son absurdité et ne pourra trouver d’échappatoire que dans la création d’une œuvre.

5-     ELSA : personne réelle devenue un visage très célèbre dans la littérature moderne à travers la poésie de Louis Aragon. Le poète a exalté parallèlement son amour pour elle et celui de la France opprimée pendant la guerre contre les Allemands. Elsa meurt en 1970 mais son nom reste mythique et marque pour toujours l’histoire littéraire.

 

 Travail proposé par  Noura SIOUD & Nabiha HLAOUI

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